Italie – « De bons chrétiens et d’honnêtes citoyens » : la joie éducative de Don Bosco
À la base de cette vision se trouve ce que saint Jean-Paul II, dans Iuvenum Patris, a défini comme un authentique humanisme chrétien. Don Bosco considère chaque jeune comme une personne appelée à la plénitude de la vie, dans laquelle la croissance humaine et la vie de grâce vont de pair. Il rejette autant une spiritualité désincarnée qu’un humanisme sans Dieu : il insiste sur l’étude, le travail, l’amitié, l’utilisation responsable du temps libre, mais il oriente tout vers le Christ et le salut. C’est pourquoi il affirme clairement qu’on ne peut être de bons chrétiens sans devenir des citoyens honnêtes, ni des citoyens authentiquement responsables sans une conscience formée par la foi.
C’est Don Bosco lui-même qui indique avec simplicité le chemin vers cette plénitude. Il propose au jeune François Besucco un programme essentiel et réaliste, capable d’allier sérénité, engagement et vie spirituelle : « Joie, étude, piété… tel est le grand programme qui, en le pratiquant, te permettra de vivre heureux et de faire beaucoup de bien à ton âme ». Ces quelques mots résument une pédagogie concrète et quotidienne, loin de tout moralisme triste et profondément enracinée dans la vie réelle des jeunes.
Dans ce contexte, on comprend pourquoi, dans le système préventif, la pédagogie de la joie et de la fête est considérée comme un élément constitutif et non négociable. Les études rappellent que « la joie, l’allégresse, est un élément constitutif du système, indissociable de l’étude, du travail et de la piété ». Don Bosco traduit ce principe en pratiques éducatives très concrètes : le jeu, le théâtre, la musique, les fêtes, les promenades, toujours en lien profond avec la vie sacramentelle. La cour renvoie à l’église, la récréation à la confession et à la communion, la fête à la charité.
Il s’agit d’une joie éduquée et orientée, libre et souvent bruyante, mais jamais désordonnée ou vide. C’est une joie capable aussi de dire « non », car elle est fondée sur une vision positive de l’homme, dans laquelle la nature et la grâce, le devoir et la récréation ne s’opposent pas, mais se soutiennent mutuellement. En ce sens, la joie devient presque une vocation : la manière chrétienne d’habiter la vie avec confiance, responsabilité et espérance.
Être « de bons chrétiens et de joyeux citoyens » signifie donc vivre la citoyenneté avec un cœur évangélique. Don Bosco souhaite que les jeunes soient capables de penser et d’agir pour des raisons religieuses, mais en même temps prêts à assumer leurs devoirs civiques avec responsabilité : travailler honnêtement, respecter les lois justes, collaborer à la paix sociale, contribuer au bien commun. Il ne propose pas une fuite du monde, mais une immersion responsable dans la réalité, éclairée par l’Évangile. « Bon chrétien » et « honnête citoyen » ne sont pas deux identités parallèles, mais deux dimensions inséparables d’une même personne.
Un article récent décrit ainsi l’atmosphère de l’oratoire de Valdocco : « Les jeunes pouvaient apprendre à être de bons chrétiens et d’honnêtes citoyens, et ils pouvaient goûter à la joie comme mesure élevée de la vie chrétienne ». La joie devient ainsi pour Don Bosco une sorte de thermomètre éducatif et vocationnel : si un jeune est constamment sombre, isolé, sans élan, quelque chose ne fonctionne pas ; s’il sait jouer, s’engager et prier avec un cœur serein, alors il est sur la bonne voie. Ce n’est pas un hasard si, dans la célèbre Lettre de Rome de 1884, Don Bosco invite les Salésiens à se familiariser avec les jeunes, en particulier pendant les récréations, lieu privilégié de l’éducation : sans familiarité, on ne peut pas montrer son amour, sans amour, la confiance ne peut naître, et sans confiance, il n’y a pas de véritable éducation.
À notre époque, où de nombreux jeunes associent la foi à la tristesse, au renoncement ou à une proposition peu humaine, la joie selon Don Bosco se révèle d’une actualité surprenante. Elle témoigne que l’Évangile rend plus humain, et non moins ; qu’il est possible d’être profondément chrétien et pleinement intégré dans la vie sociale, dans le travail et dans la culture. Là où grandissent des jeunes capables de prier et d’étudier, de servir et de s’engager dans la ville, de sourire et de faire sourire, le charisme de Don Bosco continue d’offrir au monde sa réponse la plus convaincante : une sainteté quotidienne qui sait être heureuse.