Brésil – Une délégation de cinéastes allemands conclue sa première visite au Brésil pour un projet sur les Serviteurs de Dieu salésiens
Des documents qui racontent un destin
Les recherches menées dans les archives de la Province ont permis à l’équipe de découvrir des documents d’une grande force émotionnelle. Parmi eux, une liste de noms manuscrite par le P. Lunkenbein quelques instants avant sa mort est particulièrement marquante. Selon le P. João Bosco Monteiro Maciel, Vice-postulateur de la cause du martyre, il s’agit du « document le plus important » des archives. Anna Haupt, responsable marketing, a décrit l’émotion ressentie à ce moment-là : « Nous avons vu le document dans lequel on pourrait presque dire qu’il a signé sa propre sentence de mort. C’est impressionnant. » Après leur visite aux archives, le groupe s’est rendu au Musée des Cultures « Dom Bosco » à Campo Grande pour découvrir le patrimoine culturel du peuple Bororo, avant de partir pour les villages.
Témoignages de Meruri
Lors de son séjour au village de Meruri, le Directeur de « Don Bosco Medien », Ferdinand Auhser, a recueilli des témoignages qui offrent de nouvelles perspectives pour le scénario. Le contact direct avec les autochtones lui a permis d’écouter le récit d’un témoin oculaire du crime, un ami personnel de Simão Bororo. Auhser a souligné la précision du récit : « Il a décrit avec une grande exactitude le déroulement des événements… Grâce à ce témoignage, il sera fascinant de reconstituer et de mettre en scène ce qui s’est passé ce jour-là ».
La complexité de l’éducation salésienne
Le récit a mis en lumière les difficultés rencontrées par les populations autochtones au sein du système des instituts salésiens de l’époque. L’ami de Simão Bororo a expliqué comment la langue et la culture boe-bororo étaient souvent réprimées par l’enseignement formel de l’époque. Auhser a souligné que le projet entend également aborder ces aspects complexes, offrant de « nouvelles perspectives » sur l’histoire, sans pour autant éluder les questions les plus délicates du passé.
Le chemin vers le Vatican
Le P. Gildásio Mendes, ancien Conseiller Général pour la Communication Sociale de la Congrégation Salésienne, a proposé de donner au projet une dimension politique et spirituelle plus large. Il a suggéré qu’une fois le scénario achevé, l’équipe sollicite une audience auprès du Pape Léon XIV au Vatican, en compagnie du Recteur Majeur des Salésiens. Selon le P. Gildásio Mendes, le Pape s’intéressera à cette œuvre, aussi bien en raison de son expérience missionnaire que parce que le projet met en évidence la valeur écologique de la lutte pour la démarcation des terres autochtones.
Protection de l’environnement et démarcation des territoires
L’héritage du P. Lunkenbein et de Simão Bororo est étroitement lié à la conquête et à la reconnaissance officielle des terres du peuple Boe-Bororo. La lutte pour la démarcation a protégé ces territoires de toute exploitation extérieure, engendrant des effets positifs et durables sur l’équilibre environnemental de la région. Le P. Gildásio Mendes a souligné que leurs actions doivent également être interprétées dans une perspective écologique : le séjour des peuples autochtones sur leurs terres ancestrales est essentiel à la protection de l’environnement. Les réalisateurs souhaitent mettre en lumière cet aspect afin de démontrer comment la cause du P. Lunkenbein et de Simão Bororo constituait aussi une défense concrète de la Création, en harmonie avec les sensibilités écologiques actuelles.
Une intervention artistique
L’artiste Mika Springwald, membre de l’équipe, réalisera une intervention artistique au Brésil en hommage aux deux martyrs. Cette œuvre, conçue comme un dialogue visuel avec l’histoire du martyre et l’héritage des Serviteurs de Dieu, sera intégrée au documentaire produit par le groupe allemand. Cette initiative complétera le long métrage et les podcasts, établissant une stratégie multiplateforme conçue pour toucher un public international.
Financement et coproduction internationale
La production sollicitera des financements publics en Allemagne et en Autriche et vise une coproduction internationale qui implique également le Brésil et l’Italie, renforçant ainsi la portée mondiale du projet. La réalisatrice Mirjam Unger, qui réside à Vienne, souligne que cette collaboration transfrontalière reflète l’essence même du récit. Compte tenu du temps nécessaire à la levée de fonds et à l’écriture du scénario, estimé à environ deux ans, la sortie du film est prévue entre 2030 et 2031.
Un pont entre les cultures
Selon Mirjam Unger, l’amitié entre Rudolf et Simão représente un véritable « pont entre les cultures autochtone, brésilienne et européenne ». La réalisatrice souligne l’importance de revisiter cette histoire, d’autant plus que « les responsables du meurtre n’ont jamais été jugés », et invite à examiner attentivement les faits. L’objectif est de donner une égale importance aux deux figures, en mettant en lumière le rôle fondamental du peuple Bororo dans l’histoire et dans la lutte pour ses droits. La reconstitution historique s’appuiera sur des témoignages directs afin de représenter fidèlement les événements de 1976, sans occulter les questions les plus difficiles et en offrant des perspectives autochtones jusqu’alors peu considérées.
Accueil dans les communautés
L’accueil réservé à l’équipe dans les communautés autochtones et salésiennes a été marqué par une grande disponibilité et une forte collaboration. À Meruri, le groupe a été hébergé à la mission salésienne par les prêtres Ângelo Cenerino et João Vítor Ortiz, ainsi que par une équipe de femmes dirigée par Bernadete. Ferdinand Auhser a déclaré avoir été frappé par la volonté des habitants de partager informations et récits. Pendant les trois jours et demi passés au village, l’équipe a rencontré et interviewé des autochtones, des prêtres et des religieuses, recueillant des témoignages et des détails sur le jour du martyre. Le voyage s’est conclu sur un sentiment de gratitude pour les « nombreuses rencontres » vécues et avec la conviction qu’ils quitteraient le Brésil encore plus motivés qu’à leur arrivée.
Le groupe prévoit de retourner au Brésil en juillet pour documenter les célébrations marquant le 50e anniversaire de la mort des Serviteurs de Dieu, poursuivant ainsi un projet qui devrait durer environ cinq ans.
Euclides Fernandes Brites
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