La guerre au Moyen-Orient entre dans son premier mois et a un impact dévastateur sur le Liban. Selon les données de terrain, le conflit a déjà fait plus de 1 200 morts et plus de 17 000 blessés, dans un Pays qui se trouvait déjà dans une situation extrêmement fragile, avec environ 1,9 million de réfugiés et 30 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté avant cette nouvelle offensive israélienne. À ces chiffres s’ajoute une statistique particulièrement alarmante : plus d’un million de personnes ont été déplacées en quelques semaines seulement, beaucoup d’entre elles contraintes de fuir leur maison en raison des bombardements dans le sud du Pays et la banlieue de Beyrouth.
Derrière ces chiffres se cachent des histoires bien réelles. Lucian, un jeune réfugié irakien de 15 ans accueilli par les missionnaires salésiens, décrit ainsi son quotidien : « Les explosions sont très violentes. J’ai du mal à dormir la nuit, surtout quand les sirènes retentissent ». La proximité des attaques et l’incertitude permanente ont bouleversé la vie des mineurs. « Nous vivons chaque jour dans la peur, sans savoir ce qui va se passer ensuite », explique Florina, elle aussi élève.
L’impact n’est pas seulement émotionnel. La guerre a perturbé l’éducation, rendant l’accès à Internet difficile, supprimant les lieux sûrs pour étudier et engendrant une profonde démotivation. « Parfois, je me dis que tous mes efforts auront été vains », confie une autre élève salésienne. Beaucoup de ces jeunes sont également des réfugiés ayant déjà fui d’autres conflits ; la situation actuelle réactive ou exacerbe donc des traumatismes antérieurs.
Se réinventer chaque jour afin que même l’éducation puisse être un refuge au milieu de la guerre
Face à cette insécurité généralisée, les centres salésiens ont dû se réinventer. Des centres comme « Anges de la Paix » à Beyrouth ont suspendu les cours en présentiel et mis en œuvre des systèmes d’enseignement en ligne quotidiens, accompagnés d’un soutien psychosocial. Mais ces cours ont une fonction qui dépasse le simple apprentissage : le maintien d’une routine scolaire est devenu essentiel pour protéger les mineurs des conséquences psychologiques de la guerre. « Cette classe virtuelle est le seul refuge qui leur reste », explique une professeure.
Parallèlement, les centres ont renforcé leurs mesures d’urgence : plans d’évacuation, cellules de crise, surveillance quotidienne de la sécurité et systèmes de communication avec les familles.
Cependant, certains centres ont suspendu leurs activités éducatives pour accueillir des personnes déplacées, privant ainsi des mineurs de scolarité pendant des semaines.
En effet, la réponse salésienne vise également à accueillir des personnes déplacées. À la maison salésienne d’Al Houssoun, par exemple, un abri est actuellement offert à des dizaines de familles déplacées à l’intérieur de leur Pays, originaires pour la plupart du district de Nabatieh, dans le sud du Pays. Ces familles comptent également des nouveau-nés et des personnes âgées dont les maisons ont été endommagées par les bombardements.
La communauté accueillie est restée stable depuis le début du conflit, le centre ne pouvant plus accueillir de nouveaux arrivants malgré des demandes quasi quotidiennes. Cet afflux massif de familles a mis à rude épreuve des communautés déjà appauvries. Beaucoup de familles ont ouvert leurs portes, partageant leurs maigres ressources et supportant un lourd fardeau émotionnel.
La solidarité salésienne se manifeste également dans l’accueil des familles déplacées
Un repas chaud au moins est garanti chaque jour, en plus de la nourriture de base, des produits d’hygiène, des soins de santé, du chauffage et d’un soutien aux familles accueillies, dans un contexte marqué par le froid et la rareté des ressources.
Cet accueil n’est pas sans difficultés. Les familles accueillies appartiennent majoritairement à la communauté chiite, ce qui ajoute une dimension particulièrement complexe dans un contexte social et politique profondément fragmenté. Cependant, la communauté salésienne insiste sur le fait que la réponse ne peut être dictée par les divisions, mais par la nécessité urgente de protéger les personnes.
« Nous vivons un combat permanent entre notre humanité et la peur », explique une travailleuse du milieu salésien, qui a accueilli une autre famille chez elle. L’action salésienne se traduit aussi par des interventions concrètes qui redonnent de la dignité. C’est le cas d’une mère déplacée arrivée avec son nouveau-né, sans ressources ni accès aux soins médicaux. Grâce à la médiation des Salésiens, l’enfant a pu bénéficier de soins gratuits. « Ils pensaient avoir tout perdu, mais ils ont retrouvé quelque chose d’essentiel : l’espoir », explique le responsable de l’accueil à la maison salésienne.
Dans ce contexte, les éducateurs ont assumé un rôle qui dépasse le simple cadre de l’enseignement. « Nous ne sommes pas seulement des enseignants ; nous sommes un soutien émotionnel, des points de repère et une source de stabilité », expliquent les membres de la communauté éducative salésienne. Malgré la peur, l’incertitude et les difficultés matérielles – comme la hausse du prix du carburant ou le manque de ressources de base – les œuvres salésiennes continuent de fonctionner, s’adaptant au jour le jour à une situation en constante évolution.
Éduquer, protéger, accompagner : une mission qui ne s’arrête pas à travers le Moyen-Orient
Au-delà du Liban, la situation au Moyen-Orient reflète une crise prolongée et complexe. Les présences salésiennes dans la région soulignent que la guerre détruit non seulement les infrastructures, mais aussi le tissu social et l’avenir de milliers de jeunes. Dans des territoires comme la Palestine, les restrictions de déplacement, les violences récurrentes et le manque de perspectives compromettent gravement l’accès à l’éducation et à l’emploi, plongeant de nombreuses familles dans une situation désespérée.
Dans ce contexte, le Supérieur des Salésiens au Moyen-Orient, le P. Simon Zakerian, souligne « l’importance de maintenir la mission éducative et pastorale comme un signe d’espérance au cœur de la crise. Les Salésiens continuent d’apporter leur soutien aux enfants, aux jeunes et aux familles, non seulement par une aide matérielle, mais aussi en créant des espaces d’accueil, de dialogue et de reconstruction du sentiment d’appartenance à une communauté »
L’urgence persiste et l’envoi d’aides aux familles déplacées se poursuit
Au Liban, la situation continue de s’aggraver et les besoins augmentent chaque jour. L’augmentation du nombre de personnes déplacées, la destruction des habitations et l’impossibilité pour de nombreuses familles de rentrer chez elles laissent présager une crise prolongée. Les œuvres salésiennes poursuivent leurs efforts pour fournir nourriture, abri, éducation et soutien psychologique à des milliers de personnes, notamment les mineurs et les jeunes.
Au milieu de cette complexité, les Salésiens du Moyen-Orient gardent à l’esprit le sens profond de leur mission : accueillir sans distinction les personnes dans le besoin et soutenir l’espoir même dans les contextes les plus difficiles. « Nous n’agissons pas sous l’effet de divisions politiques, mais d’une conviction plus profonde : l’amour doit triompher de la peur, l’unité de la division et la paix de la violence », expliquent les Fils de Don Bosco.
Aujourd’hui plus que jamais, l’aide est urgente. Collaborer avec MISIONES SALESIANAS et sa campagne « Urgence Moyen-Orient », c’est aider ces enfants à ne pas perdre leur éducation, leur stabilité émotionnelle et leur avenir.
Plus d’informations sur : www.misionessalesianas.org



