RMG – Région Méditerranée : une présence salésienne au carrefour des continents
En réfléchissant à cette décennie de croissance, le P. Juan Carlos Godoy, Conseiller pour la Région Méditerranée, observe : « Notre Région se caractérise par une extraordinaire diversité : langues, cultures, religions et réalités sociales. Et pourtant, c’est précisément dans cette diversité que nous découvrons notre vocation à être un signe d’unité et d’espérance pour les jeunes ».
À sa fondation, la Région comptait 3 300 confrères, 10 Provinces, 380 maisons et une présence dans 17 Pays. Elle comprend aujourd’hui 21 Pays et 12 provinces, suite à la création, en août 2023, de la Circonscription d’Afrique du Nord (CNA) « Saint-Augustin », qui couvre la Tunisie, l’Algérie et le Maroc, et à l’intégration de la Croatie dans la Région.
Parmi ses Provinces figurent trois des plus grandes de la Congrégation : Madrid (445 confrères), Turin (324) et Séville (305, avec 73 maisons, dont 25 confiées à une gestion laïque). Les délégations de Moldavie-Roumanie et d’Albanie-Kosovo-Monténégro reflètent également le développement missionnaire et la reconfiguration pastorale.
« Ces développements ne sont pas de simples ajustements administratifs – ajoute le P. Godoy – Ce sont des signes de croissance missionnaire et de notre détermination à rester présents là où les jeunes ont le plus besoin de nous. »
Un réseau d’œuvres varié et en évolution
La Région Méditerranée compte actuellement 304 maisons, suite à la fermeture ou à la réaffectation de plusieurs communautés ces dernières années. Parmi celles-ci, 262 ont encore une communauté salésienne, tandis que 53 œuvres sont confiées à une gestion laïque, signe d’une coresponsabilité croissante entre Salésiens et collaborateurs laïcs.
Bien que les défis démographiques et le vieillissement de la population soient évidents dans certaines parties de l’Europe, la Région continue de faire preuve de vitalité pastorale. L’expansion des œuvres dédiées aux jeunes à risque, aux migrants et aux personnes socialement vulnérables a été particulièrement significative, même si elle n’est pas uniforme dans toutes les Provinces.
La Région reste fortement ancrée dans sa tradition éducative et vocationnelle. Les écoles et les centres de formation accueillent un grand nombre de jeunes et maintiennent des normes élevées de qualification professionnelle. Les oratoires et les centres de jeunes – souvent liés aux milieux paroissiaux – continuent d’offrir des espaces dynamiques pour l’évangélisation et la formation humaine.
La présence salésienne dans les universités et les résidences étudiantes représente un investissement stratégique dans l’accompagnement des jeunes adultes, tandis que les initiatives sportives impliquent des milliers de jeunes et de familles, devenant ainsi une frontière pastorale importante.
Un contexte social et ecclésial complexe
Peu de Régions reflètent une telle diversité. La Méditerranée n’est pas seulement internationale, mais intercontinentale, englobant des sociétés européennes sécularisées, des contextes chrétiens orthodoxes dans certaines parties des Balkans et plusieurs nations à majorité musulmane en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
Dans certains Pays, les chrétiens vivent en tant que minorités confrontées à des restrictions juridiques ou sociales ; dans d’autres, la sécularisation agressive pose divers défis pastoraux. Les réalités de la jeunesse varient considérablement : l’Europe est confrontée au déclin démographique et à une préoccupation croissante pour la santé mentale chez les jeunes, tandis que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord comptent une forte population de jeunes caractérisée par le chômage, les pressions migratoires et l’instabilité politique.
La migration est devenue une priorité pastorale déterminante. Le bassin méditerranéen reste l’un des principaux couloirs migratoires du monde et les œuvres salésiennes sont souvent en première ligne pour l’accueil, l’éducation et l’intégration. « La diversité des contextes nous met au défi – explique le P. Godoy – d’être profondément enracinés dans le Christ et, en même temps, capables de dialogue, de respect et de créativité ».
Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord représentent ce qu’il décrit comme « une frontière missionnaire au sein même de notre Région – une bénédiction et un appel à une plus grande solidarité ». Les initiatives de jumelage entre les Provinces ont renforcé la communion, même si la générosité varie.
Un chemin d’espérance et de renouveau
L’évaluation du parcours décennal de la Région est fondamentalement positive, bien que marquée par le réalisme. Guidées par le programme sexennal, les Provinces ont essayé de construire un parcours de conversion personnelle et communautaire, en renouvelant l’imaginaire missionnaire et en approfondissant le discernement de la vie consacrée salésienne.
Quatre dimensions en soulignent la vitalité :
- Structures : un réseau vaste et équilibré de présences éducatives et pastorales.
- Personnes : environ 40 000 collaborateurs laïcs engagés dans les Communautés Éducatives et Pastorales.
- Mission : une forte passion apostolique parmi les confrères.
- Reconnaissance : une grande estime pour le charisme de Don Bosco parmi les institutions civiles et ecclésiales.
« Les chiffres parlent parfois de fragilité – réfléchit le P. Godoy – mais du point de vue de la foi, la fragilité nous rappelle que l’avenir se construit sur la grâce de Dieu, et non seulement sur notre force ».
Au carrefour des continents, des cultures et des traditions de foi, la Région Méditerranéenne continue de vivre sa vocation salésienne avec courage et réalisme. Consciente de ses défis, mais confiante dans la Providence de Dieu, elle choisit de lire l’histoire à travers le prisme de l’espérance.
« Nous ne sommes pas appelés à préserver des structures – affirme encore Don Godoy – mais à susciter l’espérance ». Dans un territoire marqué par la rencontre et la tension, par la migration et le dialogue, par la sécularisation et une population jeune et dynamique, les Salésiens de la Région Méditerranéenne renouvellent leur engagement à marcher avec les jeunes – en particulier les plus pauvres – en construisant des ponts d’éducation, d’évangélisation et de fraternité à travers les rives d’une mer commune.