Souvent, deux ou trois phrases suffisaient à transformer l’atmosphère de toute la maison, à apaiser les tensions ou à ouvrir la porte du cœur d’un jeune qui n’aurait peut-être jamais osé se confier seul au Directeur. Le dernier mot de la journée n’était pas celui du bruit ou de la fatigue, mais celui du père qui guide les cœurs.
Le Bulletin Salésien rappelle comment Don Bosco considérait le « mot du soir » comme un « puissant moyen de persuasion » et « la clé de la moralité et du succès de l’entreprise éducative ». Le secret résidait dans trois éléments essentiels : la brièveté (quelques minutes), le caractère concret (un point central unique et clair) et une atmosphère d’affection (des mots adressés à des enfants qui savent d’être aimés). Ainsi, Don Bosco parvenait à faire réfléchir les enfants sans les fatiguer. Il n’est donc pas surprenant que de nombreux témoins se souviennent comment, après le « mot du soir », les jeunes continuaient à parler dans le dortoir d’une phrase ou d’une image que Don Bosco avait présentée : la catéchèse se poursuivait spontanément, sous la forme d’une amitié partagée.
Dans de nombreux « mots du soir », le Système Préventif est clairement à l’œuvre. Don Bosco n’attend pas qu’un problème éclate pour intervenir ; il part d’un petit fait – un manque de respect, une dispute, un geste généreux – et l’aborde positivement, prévenant le mal et valorisant le bien. La même attitude se manifeste envers ses confrères : dans un mot du soir en 1877, il les invite à veiller avec amour sur les garçons, à les aider à éviter les dangers des mauvaises lectures ou des mauvaises fréquentations. Prévenir, non pas réprimer : éduquer la conscience avant que l’erreur ne s’enracine, aider chacun à reconnaître les conséquences de ses choix. En ce sens, le mot du soir devient une petite école quotidienne de discernement, où l’Évangile éclaire la vie concrète.
Les études sur le Système Préventif soulignent combien la présence auprès des jeunes – l’accompagnement – est un élément essentiel. L’éducateur passe la journée avec les jeunes et, le soir, leur offre une clé de compréhension de ce qui s’est passé. Le mot du soir devient ainsi le moment où l’expérience quotidienne s’éclaircit : ce qui s’est passé dans la cour, en classe ou à l’atelier est interprété à la lumière des valeurs humaines et chrétiennes. Le jeune ne se sent pas jugé de l’extérieur, mais accompagné de l’intérieur ; il perçoit que quelqu’un a vu, compris et a porté ses luttes et ses joies dans son cœur, pour les lui rendre maintenant sous la forme d’une parole bienveillante.
Ce n’est pas un hasard si les Constitutions salésiennes et les principaux documents de l’Institut ont préservé cette tradition comme l’une des pratiques les plus caractéristiques, à adapter à son époque sans jamais la négliger. Aujourd’hui encore, un éducateur qui prend deux minutes chaque soir pour dire une parole bienveillante – à l’oratoire, en famille, à l’école ou dans une communauté paroissiale – perpétue l’exemple de Don Bosco. Dans un monde saturé de bruit, de notifications et de messages incessants, ce bref instant d’écoute et de partage peut devenir un petit sanctuaire quotidien du cœur. C’est ainsi que se manifeste également le Système Préventif : à travers un mot du soir, prononcé avec affection, capable de guider la liberté et d’éveiller chez le jeune le désir d’un avenir un peu meilleur.



