RMG – Saint Jean-Paul II au Sacré-Cœur et la mémoire vivante de Don Bosco

L’Avent et le « Dieu de la venue continue »

Prêchant la liturgie de l’Avent, le Pape a médité sur le désir de Dieu pour l’humanité, reprenant l’appel du psalmiste : « Visite cette vigne ». S’inspirant d’Isaïe, il a présenté Dieu à la fois comme le Créateur, qui façonne l’humanité comme l’argile, et comme Celui qui « va à la rencontre » de ceux qui pratiquent la justice. Par une phrase suggestive, il a décrit le Seigneur comme le « Dieu de la venue continue ». L’humanité vit dans la tension entre le déjà-là et le pas encore : en Christ, Dieu est déjà entré dans l’histoire, mais la plénitude de sa venue est encore attendue. L’Église veille donc sur l’histoire.

Cette vigilance n’est pas passive. Reprenant le commandement de l’Évangile « Veillez » (Mc 13, 33), Jean-Paul II a mis en garde contre « la dureté de cœur » qui conduit les gens à vivre comme si Dieu n’existait pas. La question essentielle qu’il a posée à la paroisse était claire : Permettons-nous à Dieu qui vient de nous rejoindre ?

Le Sacré-Cœur : la dernière œuvre de Don Bosco

Après la liturgie, le Pape a évoqué la mémoire historique. Le Sacré-Cœur, souhaité par Léon XIII et construit grâce au dévouement de Don Bosco dans les dernières années de sa vie, est plus qu’une simple église paroissiale. C’est une église centrale pour la Société Salésienne et la dernière grande œuvre de Don Bosco.

Jean-Paul II a proposé une interprétation symbolique de son architecture. Après l’unification de l’Italie, l’église a été allongée, image de la fraternité s’étendant horizontalement à travers l’espace et le temps. Plus tard, en 1929, les anciens élèves ont élevé l’édifice avec la statue du Rédempteur, image de la transcendance verticale et de la paternité de Dieu.

À travers le mystère du Cœur du Christ, le Sacré-Cœur est appelé à être une « maison de frères » car il est avant tout une « maison du Père ». Son centre théologique définit sa mission pastorale.

Une mission à un carrefour

Située près de la gare Termini de Rome, la paroisse se trouve au carrefour de cultures, d’espoirs et de défis sociaux. Dès 1987, le quartier environnant était caractérisé par un mouvement constant, des migrations et une grande complexité.

Le Pape a décrit la mission comme « sublime et difficile ». La paroisse était appelée à servir le Cœur du Christ en allant à la rencontre des cœurs concrets présents sur son territoire. La liturgie, la catéchèse, la pastorale des jeunes et les œuvres caritatives n’étaient pas des initiatives isolées, mais l’expression d’une seule communion missionnaire, en harmonie avec la vision diocésaine d’une « communauté de communion et de mission ».

Le Pape a encouragé les groupes paroissiaux à ne pas rester passifs, mais à faire preuve de courage et de créativité pour reconstruire le tissu social par des motivations profondément humaines et chrétiennes.

Fidélité au charisme de Don Bosco

Une attention particulière a été portée à la proximité de la gare Termini, décrite comme un « aimant » pour les difficultés sociales, mais aussi pour les opportunités de bien. Aucune paroisse ne pouvait répondre seule, a reconnu le Pape, et il a loué la collaboration avec les institutions diocésaines et civiles.

Parmi les initiatives mises en lumière figuraient le centre d’accueil « Don Bosco » pour les jeunes étrangers, l’aide aux personnes marginalisées, les comités de quartier, la pastorale des communautés migrantes et le ministère constant et assidu de la confession.

Dans ces œuvres concrètes, Jean-Paul II a reconnu la continuité vivante du charisme de Don Bosco. L’ouverture aux migrants, aux jeunes en transit et aux pauvres n’était pas une adaptation aux circonstances, mais une fidélité à l’identité salésienne. Le Sacré-Cœur incarnait ainsi la vision d’une paroisse comme « communion de communautés ».

Horizon marial et responsabilité ecclésiale

La visite a eu lieu pendant l’Année Mariale (1987-1988), proclamée en préparation du Grand Jubilé de l’an 2000. Le Pape a confié la paroisse à Marie, invoquée comme Alma Redemptoris Mater, encourageant les fidèles à suivre son chemin de foi pour demeurer proches du Christ, qui vient sans cesse à la rencontre de l’humanité.

Près de quarante ans plus tard, la visite de 1987 n’est plus seulement un souvenir nostalgique, mais un programme pastoral. Jean-Paul II a réinterprété la fondation romaine de Don Bosco comme un signe théologique : le Cœur du Christ battant au cœur d’une ville en agitation.

L’appel de l’Avent résonne encore : « Veillez », ne laissez pas vos cœurs s’endurcir, laissez-vous rejoindre par le Dieu qui vient sans cesse. Le Sacré-Cœur demeure un signe vivant, étendu dans la fraternité, élevé vers la transcendance et enraciné dans le Cœur qui cherche chaque cœur humain.

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