L’initiative, soutenue par l’association sud-tyrolienne « Hoffnung auf einen Besseren Morgen » (Espoir d’un demain meilleur), franchira une étape importante le 7 juin, en célébrant 100 jours consécutifs de service ininterrompu. Dirigé par le père salésien Mathew George Kariapuram, le programme prend soin de mendiants, personnes abandonnées, personnes âgées, malades et personnes souffrant de troubles mentaux qui souvent ont du mal à obtenir ne serait-ce qu’un seul repas par jour.
Parmi les bénéficiaires, Rafiq Ali, 62 ans, qui vit sur le trottoir devant la gare de Sealdah. Une assiette de riz fumant au curry et de pommes de terre à la main, il décrit ce service comme une véritable bouée de sauvetage. « C’est mon seul repas de la journée. Sans cela, je mourrais de faim. Ils nous traitent comme des êtres humains, pas comme des mendiants », dit-il.
Pour le P. Kariapuram, cette initiative est l’expression concrète de sa foi et de son charisme salésien. Ancien professeur de théologie, vice-doyen d’un lycée et Secrétaire de la Province d’Inde-Calcutta (INC), il est convaincu que la véritable spiritualité doit se manifester par le service en faveur des plus nécessiteux. « Nous partageons simplement ce que nous avons avec ceux qui n’ont rien. Chaque assiette de nourriture nous rappelle que personne ne doit être oublié », explique-t-il.
Sous son impulsion, une idée de la philanthrope italienne Petra Theiner s’est transformée en un système efficace de distribution quotidienne de repas. Les repas préparés chaque matin sont transportés en pousse-pousse jusqu’à des points de rencontre où les bénéficiaires se rassemblent à midi.
L’engagement de Mme Theiner à Calcutta dure depuis plus de vingt ans. Originaire du Tyrol du Sud, elle a passé plus de 25 ans en Inde, soutenant des initiatives d’assistance et de promotion à Calcutta, Howrah et dans les communautés les plus pauvres de Dhobasole. Son dévouement envers les personnes marginalisées lui a valu un profond respect au sein des communautés locales.
« La nourriture est le premier pas vers la dignité. Quand on a faim, rien d’autre ne compte. Ce programme vise à redonner l’humanité », a expliqué Mme Theiner pour sa part. Sa collaboration de longue date avec le programme « Don Bosco Outreach » a permis à cette vision de continuer à transformer la vie de nombreuses personnes chaque jour.
Au cœur de cette initiative se trouve une équipe dédiée de bénévoles, animée par Sajia et Nadim. Leur journée commence avant l’aube : dans une cuisine modeste, ils préparent de grandes quantités de riz, de légumes et de curry. Les ingrédients frais sont soigneusement lavés, coupés et cuits, souvent complétés par des dons provenant des marchés locaux.
« Nous cuisinons comme si c’était pour nos familles », explique Nadim, qui participe au programme depuis son lancement, le 26 février 2026. « Les personnes sans-abri méritent des ingrédients frais et un repas chaud et préparé avec soin ».
Le menu est conçu pour offrir à la fois variété et valeur nutritive. Les repas alternent entre riz au curry et œufs, sauce soja et curry, pommes de terre et curry… ou des plats traditionnels, parfois élaborés, comme le khichdi ou le biryani. Certains jours, des bananes sont distribuées comme complément nutritionnel. « La joie que nous voyons lorsqu’une personne reçoit son plat récompense tous nos efforts », ajoute Sajia.
Le programme a également été salué par les autorités municipales. Anindya Chatterjee, haut fonctionnaire du Conseil Municipal de Kolkata, a déclaré que de telles initiatives jouent un rôle fondamental dans la lutte contre la pauvreté urbaine : « Il ne s’agit pas seulement de nourrir les affamés, mais de leur redonner leur dignité. Des collaborations comme celle-ci allègent la charge des services municipaux et redonnent espoir aux plus marginalisés ».
Ce programme salésien fait également repenser au confinement lié à la pandémie de Covid-19, durant lequel le même groupe salésien a distribué des repas quotidiens à plus de 1 500 personnes pendant 262 jours consécutifs. Pour de nombreux bénéficiaires, cette période reste inoubliable. « S’ils ne nous avaient pas nourris à ce moment-là, nous ne serions plus de ce monde », rappelle Shanti Devi, une habitante du quartier de la gare de Sealdah.
P. CM Paul, SDB
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