Ce résultat est important car il démontre que, même dans un contexte politique dominé par les discours concernant la simple compétitivité et la sécurité, le Parlement européen peut encore choisir une autre voie : celle qui considère la pauvreté comme une atteinte à la dignité humaine et aux droits de l’homme et reconnaît la nécessité de solutions coordonnées et globales impliquant tous les niveaux de gouvernance et la société civile.
Pour l’Alliance et ses membres, il s’agit également d’une étape importante dans leur activité de plaidoyer et leur impact politique. Grâce à un engagement constant avec les parties prenantes au Parlement européen, on a contribué à assurer un chapitre important consacré à la protection de l’enfance et à la lutte contre la pauvreté infantile.
Le principal résultat est la demande du Parlement d’allouer un budget spécifique d’au moins 20 milliards d’Euros à la Garantie Européenne pour l’Enfance dans le prochain cadre financier pluriannuel (MFF – budget européen) pour la période 2028-2034, à travers le Fonds Social Européen+. Cette demande s’accompagne d’un engagement renforcé des États membres à consacrer au moins 5 % du FSE+ à des projets et investissements structurels visant à combattre la pauvreté infantile, dont au moins 10 % aux États membres où la pauvreté infantile et l’exclusion sociale dépassent la moyenne de l’UE. C’est précisément l’ambition recherchée : des ressources prévisibles, engagées et pluriannuelles, à la hauteur de la réalité d’une crise qui touche environ un enfant sur quatre dans l’UE.
Surtout, l’appel du Parlement reconnaît que la Garantie pour l’Enfance est déjà opérationnelle et porte des résultats. Les plans d’action nationaux, les investissements du FSE+, les rapports biennaux et la mise en œuvre coordonnée ont permis d’étendre les programmes de repas scolaires, de renforcer les mesures d’inclusion et de soutenir de nouveaux modèles d’innovation sociale qui n’auraient pas vu le jour sans ce cadre européen. Le rapport souligne l’engagement clair en faveur de la prévention et du bien-être des mineurs dans tous les services essentiels : un enseignement et un accueil de qualité pour la petite enfance grâce à des ressources financières et humaines adéquates, des activités périscolaires et la lutte contre le décrochage scolaire, tout en appelant à un renforcement de la formation du personnel et des systèmes d’alerte précoce. Ces investissements précoces et préventifs ne constituent pas des « dépenses sociales facultatives », mais le moyen le plus efficace de réduire les inégalités tout au long de la vie et de briser le cercle vicieux de la pauvreté.
Le rapport soutient également une approche de la protection sociale centrée sur les enfants et les adolescents, incluant des prestations ciblées et des mesures concrètes telles que les allocations familiales, les repas scolaires et des programmes de réduction des coûts pour les activités culturelles, sportives, récréatives et extrascolaires. Cette approche est conforme à l’appel du DBI et de l’Alliance en faveur de systèmes de protection sociale qui préviennent la précarité, soutiennent les familles et réduisent les coûts sociaux à long terme.
Tout aussi importante est la forte dimension de prévention et de protection de l’enfance défendue par le Parlement : elle appelle à garantir le droit de chaque enfant à une vie familiale, à ce que la pauvreté ne soit pas le seul motif de placement en institution et à investir dans la prise en charge familiale et communautaire, notamment dans des systèmes de familles d’accueil sûres. Le rapport condamne la violence, les abus, l’exploitation et la négligence et appelle à investir dans des systèmes intégrés de protection de l’enfance, y compris la lutte contre le harcèlement scolaire et la violence en ligne, qui touchent de manière disproportionnée les enfants en situation de vulnérabilité.
Enfin, le rapport réaffirme sa position de longue date : l’éradication de la pauvreté demande une approche coordonnée et globale, impliquant les États membres, les autorités locales et régionales, les partenaires sociaux et la société civile. Cette victoire parlementaire doit maintenant se traduire par une action décisive de la Commission Européenne, qui s’apprête à renforcer la Garantie Européenne pour l’enfance.



